Djihadisme ou pas, Vladimir Poutine est un adversaire à ne pas sous-estimer

A peine avait-on appris l’attentat du métro de Saint-Pétersbourg qu’on entendait dans bien des réactions que le bon sens commanderait de se rapprocher de Vladimir Poutine, voire de s’allier à lui…

Sitôt tombée la nouvelle, le débat est reparti. A peine avait-on appris l’attentat du métro de Saint-Pétersbourg qu’on entendait dans bien des réactions que le bon sens commanderait de se rapprocher de Vladimir Poutine, voire de s’allier à lui, puisque la Russie est victime du même adversaire que la France et l’Europe. Cela ne paraît pas discutable car l’ennemi de mon ennemi est mon ami. Chacun le sait et c’est vrai sauf… Sauf, premier problème, que tous les islamistes sont des terroristes aux yeux de Vladimir Poutine alors que, non, ce n’est pas le cas.

Depuis la naissance de l’islam politique, à la fin des années vingt en Egypte, cette mouvance s’est incroyablement diversifiée. Les islamistes tunisiens d’Ennahda ont aujourd’hui si pleinement accepté la démocratie qu’ils gouvernent leur pays en coalition avec le centre droit laïc et en assurent la stabilité. Après s’être converti aux élections, à l’Europe et aux libertés, les islamistes turcs se sont désormais rangés derrière un président, Recep Erdogan, virant non pas à la théocratie mais à une trop classique dictature d’autocrate paranoïaque.

Les islamistes marocains gouvernent cette monarchie en assez bons gestionnaires acceptant la prééminence du Palais royal. Il y a si longtemps que la théocratie iranienne a renoncé au terrorisme qu’elle compte parmi les alliés de la Russie et s’agissant même de Daech, son objectif fondamental n’est pas religieux mais politique puisque la création de  » l’Etat islamique  » visait à l’instauration, à cheval sur l’Irak et la Syrie, d’un nouvel Etat sunnite effaçant les frontières d’aujourd’hui.

La réduction de l’islamisme aux attentats terroristes n’est soit qu’une cécité entravant la lutte contre le terrorisme djihadiste, soit une assimilation, encore plus contre-productive, de l’ensemble de l’islam à un fanatisme sanguinaire, soit encore un moyen de disqualifier tout mouvement de contestation en terres musulmanes, même le plus justifié.

Savoir contre qui on lutte et au profit de qui

Pour Bachar al-Assad, tous ceux qui s’opposent à lui, laïcs, humanistes et démocrates compris, sont des terroristes. L’analyse russe de la crise syrienne relève de la même volonté d’assurer la pérennité de ce régime dont la barbarie n’a pourtant rien à envier à celle de Daech et Vladimir Poutine use de la même arme contre les Tchétchènes parmi lesquels il ne se trouvait pas un seul islamiste et encore moins de djihadistes avant qu’il n’ait brisé leur indépendantisme avec la sauvagerie que l’on sait.

Autant il est nécessaire et justifié, indispensable en un mot, de collaborer avec la Russie dans la lutte contre le terrorisme, autant il serait totalement erroné d’adopter l’approche que son président a de l’islamisme.

C’est le premier problème. Il n’est pas que conceptuel mais très concret car il s’agit de savoir contre qui on lutte et au profit de qui et le deuxième problème est que, cible du djihadisme ou pas, Vladimir Poutine n’est pas notre ami.

Sa volonté d’établir un protectorat sur les pays sortis de l’Empire russe à la faveur de l’écroulement soviétique est un facteur inquiétant de déstabilisation du continent européen. On le voit en Ukraine après l’avoir vu en Géorgie. L’ingérence de ses services dans la présidentielle américaine et la façon dont la candidature de Donald Trump en a été favorisée montrent qu’il entend affaiblir les grandes démocraties et la démocratie elle-même au motif qu’elles contrarient son revanchisme et auraient humilié la Russie. Son soutien aux extrêmes-droites européennes trahit, enfin, sa volonté de faire éclater l’Union à laquelle il préfère une désunion face à laquelle le pays le plus étendu du monde serait autrement plus fort.

Djihadisme ou pas, Vladimir Poutine est un adversaire à ne pas sous-estimer mais cela signifie-t-il, pour autant, qu’il faudrait l’ostraciser?

Evidemment pas et, au demeurant, personne ne le propose. Les dirigeants français et allemand sont en contact permanent avec lui, tout particulièrement depuis l’annexion de la Crimée. Il ne faut pas rompre les ponts mais inlassablement chercher à les établir.

Il faut bien que cela n’ait pas donné, pour l’instant, le moindre résultat. Sans doute faudrait-il même se montrer plus audacieux dans la recherche d’un compromis continental en proposant à la Russie l’instauration d’un tampon de pays neutres en échange de sa renonciation à toute immixtion militaire ou politique dans les anciennes Républiques soviétiques. Il faut dialoguer avec M. Poutine mais sans avoir la naïveté de voir en lui un ami, ni même un allié.

Bernard Guetta Editorialiste

challenges.fr

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